Vinted au sommet : hégémonie en France, valorisation record et rêve américain
L’ascension du géant lituanien semble tout simplement inarrêtable. En France, la plateforme vient de franchir un cap symbolique majeur en détrônant des mastodontes de la mode à bas coût comme Shein. Le verdict du classement 2025 de l’application Joko est sans appel. L’enseigne de seconde main est désormais celle où les Français dépensent le plus d’argent. Une domination sans partage, portée par une communauté colossale qui dépasse aujourd’hui les 23 millions d’utilisateurs dans l’Hexagone.
Le rouleau compresseur de la seconde main
Ce succès foudroyant repose sur une équation redoutablement efficace. L’attractivité des prix est indéniable, avec un panier moyen tournant autour de 9 euros, loin des 15 euros généralement constatés pour un vêtement neuf. Les acheteurs profitent d’un choix qui donne le vertige puisque 400 000 nouvelles annonces viennent alimenter les serveurs chaque jour. La dimension écologique joue évidemment un rôle clé dans cet engouement pour l’économie circulaire. La réalité des comportements est cependant plus complexe. Bien souvent, ces achats d’occasion viennent s’ajouter à la consommation de produits neufs plutôt que de la remplacer.
Pour soutenir ce rythme effréné, l’entreprise dont le siège est implanté à Vilnius a déployé une logistique massive. Pas moins de 800 millions de colis ont transité à travers l’Europe récemment. Sur le territoire français, le service Vinted Go a tissé une toile particulièrement dense. Ses casiers et consignes couvrent près de 70 % de la population, transformant l’expédition et la réception des achats en une formalité rapide à deux pas de chez soi.
L’appétit d’un géant face à Leboncoin
Forte de cette infrastructure, la première licorne lituanienne refuse de s’enfermer dans le seul marché du textile. L’application lorgne ouvertement sur les plates-bandes d’acteurs historiques comme Leboncoin en élargissant son catalogue aux livres, à l’électronique grand public ou encore aux objets de décoration. Son ambition est limpide : devenir une sorte d’Amazon de la seconde main. Bien qu’elle accueille 17,8 millions de visiteurs chaque mois, l’entreprise reste encore à distance de Leboncoin et de ses 26,8 millions d’utilisateurs réguliers, mais elle séduit un public toujours plus vaste.
Une santé financière qui attire Wall Street
Les carnets de commandes de l’entreprise traduisent d’ailleurs parfaitement cette hypercroissance. L’exercice 2024 avait déjà posé des jalons impressionnants avec un bénéfice net multiplié par 4,3 pour atteindre 76,7 millions d’euros. L’excédent brut d’exploitation ajusté avait quant à lui plus que doublé pour s’établir à 158,9 millions d’euros. L’année 2025 a enfoncé le clou de manière spectaculaire. Le volume d’affaires a bondi à 10 milliards d’euros, porté par un résultat net qui a encore quadruplé par rapport à l’année précédente.
Ces performances vertigineuses ont logiquement attiré l’attention des poids lourds de la finance mondiale. Selon des informations révélées par Sky News et relayées par le média lituanien Verslo žinios, le géant américain de la gestion d’actifs BlackRock s’apprête à faire son entrée au capital. Cette opération, chiffrée à environ 574 millions d’euros via une vente secondaire d’actions, valorise désormais Vinted à près de 8 milliards d’euros. C’est un bond fulgurant quand on sait que l’entreprise était valorisée à 5 milliards d’euros lors d’une transaction similaire en octobre 2024. La direction de Vinted a d’ailleurs refusé de commenter cette opération financière.
À l’assaut des placards new-yorkais
Ce nouvel afflux de capitaux tombe à point nommé pour financer la voracité internationale du groupe. Déjà incontournable sur plus d’une vingtaine de marchés européens, Vinted part désormais à la conquête des États-Unis. Si l’application y vivotait depuis 2013, l’heure est au déploiement massif. Thomas Plantenga, le directeur général, a prévenu dans les colonnes du Wall Street Journal qu’il ne s’agissait plus d’un simple test préliminaire. L’entreprise investit des dizaines de millions de dollars cette année pour mener une offensive à grande échelle.
New York a été choisie comme tête de pont de cette stratégie américaine. Les études de la marque ont mis en évidence un terrain extrêmement propice. Plus de la moitié des New-Yorkais manqueraient cruellement d’espace dans leurs penderies. Plus intéressant encore pour la plateforme, un habitant sur cinq possèderait pour plus de 500 dollars de vêtements jamais portés. Un véritable gisement dormant que le roi européen de l’occasion compte bien exploiter sans attendre.